L’allaitement, partie 2/5 : Les mythes

Suite de l’article sur l’allaitement en 5 parties.


Encore plus que sur le sommeil, il existe des tonnes d’idées reçues et de mythes autour de l’allaitement, véhiculés par des générations de mamans et des professionnels de santé peu formés.

Ça fait mal

Allaiter ne doit JAMAIS faire mal, sinon c’est qu’il y a un problème : de position, de prise de sein, de frein (langue ou lèvre), de présence de muguet, de canal lactifère bouché
En cas de douleur, tous ces points sont à faire vérifier par une consultante en lactation spécialisée, la plupart des pédiatres et sages-femmes étant tout à fait incapables de les déceler et les traiter (sauf le muguet et un canal bouché).

J’ai les seins trop petits

La taille des seins n’a, heureusement, rien à voir avec la capacité à allaiter. Tant qu’ils sont normalement constitués (cf. plus bas « Hypoplasie mammaire et SOPK »), la taille ne compte pas.
Il est même tout à fait possible de n’allaiter que d’un seul sein… seul inconvénient : la différence de taille entre celui qui « sert » et l’autre, mais cette différence disparaitra à la fin de l’allaitement.
Les seins n’ont pas tous la même capacité de « stockage » (qui ne dépend pas nécessairement de leur taille mais plutôt de la place disponible dans les glandes sécrétoires) mais cela ne change rien à la capacité de production (elle est en moyenne de 900ml par jour pour toutes les femmes).

Allaitement, la capacité de stockage

Je n’aurai pas assez de lait

La production de lait répond à la loi de l’offre et de la demande. Autrement dit, plus bébé tète, plus il aura à téter. Il est donc indispensable, particulièrement pendant les premiers jours, de mettre bébé au sein aussi souvent que possible afin de stimuler.
On ne peut pas forcer un bébé qui n’a pas faim à téter : si il refuse c’est quasi-systématiquement que la production répond à ses besoins.
Il est en revanche possible qu’il y ait un problème d’approvisionnement côté bébé : frein de langue ou de lèvre, cf. plus bas.

À savoir : il est aussi possible d’induire une lactation pour un bébé qu’on n’a pas porté, ou de relancer une lactation qui se serait arrêtée, cf. cet article sur le site de la LLL.

Aller plus loin.

Mon lait n’est pas assez nourrissant

Il n’existe pas de lait pas assez nourrissant, le lait maternel étant par définition adapté aux besoins de bébés au moment T.
Là aussi, il peut en revanche y avoir un problème d’approvisionnement ou même des problèmes d’intolérance/allergies (cf. plus bas).

Je ne saurai pas si bébé prend assez de lait

Dans notre société obnubilée par les chiffres, il peut être anxiogène pour certaines mamans de ne pas connaître exactement la quantité de lait que leur bébé boit. Le sein n'est pas un biberon, et il n'est pas possible de voir combien de millilitres le bébé a bu.

Cependant, il y a des signes indicatifs objectifs que le bébé a pris suffisamment.
La prise de poids, évidemment, est le meilleur indicateur, mais il faut suivre les courbes de poids des bébés allaités éditées par l’OMS et non celles du carnet de santé français (cf. « Repères pour bien débuter » plus loin).
Les selles et les urines, c’est à dire leur apparence, leur fréquence et leur quantité, sont d’autres indicateurs à suivre (cf. schéma à ce sujet dans « Repères pour bien débuter » plus loin).

L’un dans l’autre, le plus important est de savoir que dans l’immense majorité des cas (bébé en bonne santé, sans difficultés ou handicap particuliers), il suffit de faire confiance à bébé pour prendre ce dont il a besoin quand il a besoin. Le Dr Carlos Gonzales en parle dans son excellent livre « Mon enfant ne mange pas » (cf. en fin d’article).

C’est trop dur d’allaiter des jumeaux (ou plus)

Il est bien évidemment tout à fait possible d’allaiter des jumeaux (ou plus). Bien sûr, cela demandera de l’organisation et du soutien… mais les avantages de l’allaitement sont encore plus probants en cas de naissance multiple que par rapport à l’allaitement d’un enfant seul : remise en place d’un utérus qui a été encore plus détendu que pour un seul enfant, nutrition idéale pour des bébés qui sont souvent plus petits, économies substantielles…
Lire l’article correspondant sur le site de la LLL

Je devrait arrêter de fumer ou boire et je ne veux pas

Il est bien sûr préférable de ne pas fumer, et arrêter de fumer est toujours bénéfique, à n’importe quel moment de la vie, pour la santé de bébé comme pour la vôtre.
Mais surtout il est toujours préférable d’allaiter votre bébé plutôt que de le priver de votre lait. Il a été montré que l'allaitement réduit les effets négatifs du tabac sur les poumons du bébé, par exemple.
Quelques conseils à suivre : diminuer au maximum sa consommation, fumer à l’extérieur, loin du bébé, et attendre si possible 2 heures après avoir fumé avant de lui donner le sein (ce qui permet de diminuer la concentration de nicotine dans le lait).
Évidemment, les autres substances toxiques comme le cannabis sont à proscrire.

Quand à l’alcool, si il est évidemment recommandé de là aussi rester raisonnable et d’éloigner les prises des tétées (cf. ce tableau de calcul en fonction du poids de la maman), il n’est pas du tout indiqué d’arrêter toute consommation.

Dans les deux cas, il est plus facile d’aménager des prises ponctuelles quand les rythmes sont bien installés et/ou que le bébé est plus grand et/ou qu’on a du lait tiré de côté à donner.

Petite note, il en va de même pour tous les polluants qu’ils soient environnementaux ou liés au mode de vie : dans l’immense majorité des cas, les études montrent que les avantages de l'allaitement l'emportent très largement sur les inconvénients occasionnés par les divers polluants.

Aller plus loin

Je vais devoir suivre un régime alimentaire contraignant

Hormis les substances clairement identifiées comme toxiques, il n’y a aucune obligation ou contre-indication à ce que l’on doit ou peut manger quand on allaite.
Il est en revanche important de manger équilibré pour ne pas être carencée (le bébé ne peut pas être carencé par votre lait si votre alimentation n’est pas équilibrée car c’est lui qui est prioritaire : votre lait sera parfait, mais pour se faire c’est vos réserves et votre système qui seront taxés… C’est donc vous qui courrez le risque), et varié afin d’offrir à bébé la possibilité de goûter un maximum d’aliments par l’intermédiaire du lait, facilitant son passage à la nourriture « normale » par la suite.
Je ne parle évidemment ici que des cas où il n’y a pas d’allergies ou d’intolérances déclarées par le bébé, auxquels cas il faudra éliminer les aliments responsables de l’alimentation de la maman sous peine de les voir être transmis dans le lait (cf. plus bas dans « Les vraies difficultés possibles »).

Il n’est pas non plus nécessaire de boire plus que de raison, comme on peut parfois le lire ou l’entendre. Il est en revanche indispensable de boire à sa soif. Boire plus ne fait pas produire plus, mais ne pas boire assez peut ralentir votre lactation.

Je ne vais pas pouvoir bien dormir / Je vais être fatiguée

Il ne faut pas vous leurrer, rares sont les bébés qui dorment plus de 3-4h d’affilée dès les premières semaines, et c’est tout à fait normal (lire mon article à ce sujet). Qu’ils soient au biberon de préparation artificielle ou nourris au sein, la plupart ne feront pas de « nuit complète » (sachant qu’on considère qu’à cet âge elle est complète à partir de 7h d’affilée) avant un certain temps, et même là ce n’est pas nécessairement acquis durablement.

Ce qui est certain en revanche c’est qu’il sera plus fatiguant de se réveiller pour aller à la cuisine préparer un biberon que de dégainer un sein pour le mettre sous le nez de bébé… La nature étant vraiment bien faite, le sommeil de la maman allaitante se cale vite sur celui de bébé et les hormones produites pendant la tétée favorisent un endormissement rapide et une qualité de sommeil optimale. L’allaitement étant souvent couplé à la pratique du cododo (et particulièrement en cas de partage de lit, cf. mon article sur le sujet), il arrive même que certaines mamans ne se rendent même pas compte qu’elles se sont réveillées pour donner le sein :)
Et puis vous pouvez aussi profiter des tétées pour vous détendre, vous reposer et câliner votre bébé, que ce soit pendant la journée ou la nuit.

On opposera ici souvent la notion de répartition des tâches, que le/la partenaire peut donner le biberon la nuit. Soyons clairs : d’une part il existe plein d’autres façons toutes aussi importantes pour le/la partenaire d’aider la maman allaitante (j’en parle plus bas), et d’autre part il/elle peut toujours donner du lait tiré la nuit si ça l’arrange mais si vous tenez à votre allaitement vous éviterez le biberon à tout prix (cf. « Confusion sein-tétine » plus bas)… et il faudra bien tirer votre lait à un moment ou à un autre au début, car les nuits de 8h+ sans tétée ont pour conséquence des seins qui se remplissent de manière parfois inconfortable…
Et vous aussi serez réveillée par le pleurs de votre bébé qui a faim, même si ce n’est pas vous qui le nourrirez directement.
Qu’il semblera bien long le temps de préparation d’un biberon à ce moment là…
D’autant qu’un bébé qu’on allaite n’a généralement pas le temps de pleurer puisqu’on lui donne à la demande !

Quand à la fatigue de manière générale, il semble évident qu’après une grossesse, suivie d’un accouchement, et avec la présence d’un nouveau-né à la maison qui demande des soins constants, il est normal d’être fatiguée… L’allaitement est un allié dans cette situation puisqu’il demande moins de préparation, peut être fait allongée et promeut un sommeil de meilleure qualité.

Je n’aurai plus de liberté

S’il est vrai que l’allaitement demande une certaine implication les premières semaines, une fois la lactation bien mise en place et le rythme des tétées un peu stabilisé il devient rapidement possible de s’absenter pour quelques heures si besoin, ne serait-ce qu’en prévoyant un peu de lait que la personne chargée de la garde pourra donner avec un moyen alternatif au sein (tasse, cuiller, paille, etc.). Il arrive aussi que bébé préfère patienter jusqu’au retour de maman, tant que cela ne dure pas trop.
De plus, et encore une fois, le temps de préparation (puis de lavage) d’un biberon est bien supérieur à celui d’un sein sorti en quelques secondes, et cela demande aussi beaucoup moins de matériel à trimballer quand on sort.

Il est donc erroné de penser que l’allaitement va vous confiner chez vous, esclave d’une sangsue collée à votre sein h24. C’est finalement très rare et relève plutôt du BABI (Bébé Aux Besoins Intenses) qui serait aussi prenant si il était biberonné.
Fort heureusement, la plupart des bébés fait autre chose que téter pendant une journée : jouer, faire pipi et caca, dormir… :)

Ce qu’il faut retenir c’est qu’un enfant prend du temps quoi qu’il arrive et qu’on ne le fait pas pour le poser comme un bibelot sur une étagère… Allaité ou non, bébé va vous occuper et votre vie ne sera plus jamais la même.

Il/elle va me mordre

Alors c’est plutôt faux… même si ça peut arriver. Mais il faut bien se rendre compte que ça ne sera pas par malice. Un bébé dont les dents sortent souffre, et il peut lui arriver de pincer la mâchoire pour se soulager… si les dents sont sorties, il vous aura effectivement mordu, mais sans chercher à volontairement le faire.
C’est là que le sang-froid est important, car il faut éviter de réagir trop violemment : certains bébés se bloqueront, effrayés par votre cri de douleur, et n’oseront plus téter, pouvant conduire à une grève de la tétée éprouvante pour toutes les parties et parfois difficile à terminer, d’autres trouveront la réaction intéressante et s’empresseront de répéter l’expérience pour voir ce qui se passe…
Une seule solution donc si ça vous arrive : serrer les dents, dire non fermement, expliquer à bébé que ça fait mal à maman et que vous ne voulez pas qu’il recommence, et si ça n’a pas suffit éventuellement interrompre la tétée en le posant pendant une dizaine de minutes. Si il n’a pas lâché de lui-même, et pour ne pas vous arracher le téton, il ne faut surtout pas tirer mais plutôt lui « écraser » la tête/le nez dans le sein afin qu’il soit obligé d’ouvrir la bouche pour respirer, et donc de lâcher votre téton… ça a l’air barbare mais ça ne l’est pas et surtout c’est très efficace :)

Le/la partenaire va se sentir mis(e) à l’écart

Il y a heureusement plein d’autres façons pour les partenaires de trouver leur place dans l’unité familiale qu’en étant un élément nourricier : changer les couches, donner le bain, faire les massages, jouer, lire les histoires… mais aussi faire la vaisselle ou le ménage, préparer les repas, voire nourrir la maman pendant qu’elle-même donne la tétée (vécu ici)…
Mais aussi, et surtout, le soutien du partenaire joue un rôle immense dans la réussite de l’allaitement.

Et si vraiment il/elle tient à donner le lait, au risque de me répéter : il peut toujours utiliser des outils tels que la tasse (pas à bec) ou la seringue ou même le DAL au doigt (Dispositif d’Aide à la Lactation, j’en parle plus bas)… le but étant d’éviter le biberon et la possible confusion sein-tétine qu’il peut engendrer (cf. plus bas dans « Les vraies difficultés possibles »).

Je ne pourrai pas continuer en reprenant le travail, autant ne pas allaiter du tout

Tout d’abord, encore une fois tout millilitre de lait maternel est bon à prendre : il vaut mieux allaiter quelques mois et arrêter à la reprise du travail si vous n’arrivez pas à concilier les deux, que ne pas allaiter du tout.

Cela demande un peu d’organisation, certes, mais il est (heureusement) tout à fait possible de continuer à allaiter en travaillant. Selon l’âge de bébé et si la lactation est déjà bien mise en place, il suffira de tirer son lait dans la journée (le droit du travail prévoit une heure par jour pour se faire, et même une pièce dédiée et un moyen de réfrigération pour les entreprises les plus grandes) et de laisser bébé en « open bar » le reste du temps (soir, nuit et week-end).
Si on veut éviter de donner des biberons (cf. la confusion sein-tétine plus bas) et que bébé est trop petit (ou la crèche ou nounou pas motivée pour utiliser des alternatives comme la tasse ou la pipette), il est aussi possible de préparer des recettes à base de lait maternel, comme par exemple des flans ou bouillies qu’on donne alors à la cuiller. Un groupe Facebook entier est dédié à ces recettes !

Beaucoup de mamans pensent arrêter une fois de retour au travail sans imaginer à quel point elles prendront goût à ces moments si spéciaux et sont alors très tristes à l’idée de devoir sevrer si tôt : soyez rassurées, ce n’est pas obligatoire, et il existe des ressources pour vous aider, cf. notamment les livres en fin de cet article et de nombreux articles en ligne.

On ne peut pas prendre de médicaments/être soignée

Encore une idée reçue perpétuée par la méconnaissance du sujet par les personnels soignants : il n’existe en réalité que très peu de traitements qui soient incompatibles avec l’allaitement !

En cas de doute, se renseigner auprès :
- du CRAT, le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes, qui traite des médicaments, radiations, vaccins et dépendances, et concerne aussi les femmes enceintes… Il existe depuis plus de 40 ans, et son financement est exclusivement public et indépendant de l’industrie pharmaceutique ;
- et de E-Lactancia : en anglais et en espagnol, il couvre les médicaments traditionnels mais aussi la phytothérapie, l’homéopathie et autres produits alternatifs, les cosmétiques, les procédures médicales, les maladies… Ses recommandations sont écrites par les pédiatres de l’APILAM (Association for Promotion and Cultural and Scientific Research of Breastfeeding).

Il est aussi tout à fait possible (et souvent recommandé) de continuer à allaiter quand on est malade, notamment parce qu’on protège ainsi son bébé qui est de toute façon exposé à la maladie mais qui profite alors des anticorps adéquats dans le lait…
Un exemple parmi tant d’autres : le lait maternel étant en plus la solution de réhydratation la plus efficace, il est particulièrement indiqué d’allaiter en cas de gastroentérite.

Mes seins vont être abîmés

J’ai déjà parlé du bénéfice santé pour vos seins en matière de prévention du cancer. L’allaitement ne les rendra pas plus beaux (plus gros, c’est possible, mais ça ne dure généralement que les premières semaines de l’allaitement) mais il ne les abîmera pas non plus.
Ils reprendront leur volume et consistance habituelle (hors prise de poids due à la grossesse) à la fin de l’allaitement, profitez donc de leur éventuelle abondance pendant que ça dure !
Et pour celles que ça inquiète, leur différence de taille (on a toutes un sein plus gros que l’autre et selon les femmes c’est plus ou moins visible en temps normal) sera éventuellement exacerbée mais cela aussi reviendra à la normale à la fin de l’allaitement.


En route vers la partie 3/5 de l’article !

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